Ce chiffre spectaculaire place le SAGA parmi les systèmes aquifères les plus volumineux étudiés dans le monde. Il ne signifie cependant pas que toute cette eau est potable, facilement accessible ou renouvelable au rythme de son exploitation. La géométrie, la qualité et le fonctionnement précis de cet ensemble restent encore partiellement connus.
Le SAGA n’est pas une immense cavité remplie d’eau comparable à un océan souterrain. Un aquifère est constitué de roches, de sables ou de graviers suffisamment poreux et perméables pour stocker de l’eau et permettre sa circulation.
L’eau occupe les pores, les fissures et les espaces présents dans les formations géologiques. Certaines couches la transmettent facilement vers des puits, tandis que d’autres la retiennent davantage ou l’isolent sous des terrains moins perméables.
Le concept de SAGA regroupe plusieurs unités aquifères réparties dans les bassins sédimentaires du Marajó, de l’Amazone, du Solimões et de l’Acre. Ces formations se sont constituées à différentes périodes géologiques et ne présentent pas partout les mêmes propriétés.
Les premiers travaux scientifiques évoquent également une possible continuité vers certaines régions subandines. Cette extension reste toutefois à préciser par de nouvelles études géologiques, géophysiques et hydrologiques.
En 2014, Francisco de Assis Matos de Abreu, chercheur associé à l’Université fédérale du Pará, a présenté une estimation supérieure à 160 000 kilomètres cubes pour l’ensemble des réserves souterraines considérées.
Le chiffre de 162 520 kilomètres cubes est ensuite devenu la valeur la plus fréquemment associée au SAGA. Il repose sur des estimations préliminaires de la superficie, de l’épaisseur et de la porosité des différentes formations aquifères.
Une telle quantité représente environ 162,5 millions de milliards de litres. La formule souvent traduite par « 150 quadrillions de litres » est trompeuse en français : le terme portugais quatrilhões ne correspond pas au même ordre de grandeur que le mot français quadrillions.
Le volume d’eau présent dans un aquifère ne correspond jamais automatiquement à la quantité pouvant être pompée durablement. Une partie peut se trouver à une très grande profondeur, circuler très lentement ou être enfermée dans des couches dont la perméabilité est insuffisante.
Certaines eaux souterraines peuvent également contenir naturellement des concentrations importantes de minéraux, de fer, de sels ou d’autres substances. Leur utilisation pour la consommation humaine nécessite alors des analyses et parfois un traitement.
Pour connaître la réserve réellement exploitable, les scientifiques doivent mesurer la vitesse de recharge, la profondeur des nappes, leur connexion avec les rivières, le débit des puits et les conséquences du pompage sur les écosystèmes.
L’estimation de 160 000 kilomètres cubes décrit donc principalement un potentiel de stockage géologique. Elle ne constitue pas une autorisation scientifique de prélever cette quantité.
Le SAGA n’a pas été découvert récemment comme on découvrirait un lac jusque-là inconnu. Plusieurs aquifères amazoniens, dont celui d’Alter do Chão, étaient déjà connus, étudiés et utilisés localement.
À partir de 2013, des chercheurs ont proposé de considérer différentes formations présentes sous plusieurs bassins amazoniens comme les composantes d’un système hydrogéologique beaucoup plus vaste.
Le nom SAGA correspond donc davantage à un élargissement de l’échelle scientifique et à une nouvelle manière de relier des connaissances existantes qu’à la découverte soudaine d’un unique réservoir homogène.
L’Université fédérale du Pará a officiellement consacré une ligne de recherche à ce système afin d’améliorer sa caractérisation hydrogéologique. La présentation scientifique initiale précisait déjà que sa géométrie restait préliminaire.
L’une des composantes les mieux connues de cet ensemble est le système aquifère Alter do Chão, présent notamment sous certaines parties des États brésiliens de l’Amazonas et du Pará.
Il comprend des couches libres, directement alimentées depuis la surface, ainsi que des formations confinées sous des terrains moins perméables. Certaines de ses zones présentent des caractéristiques favorables à l’approvisionnement public.
À Manaus, les eaux souterraines d’Alter do Chão fournissent une part importante de l’eau utilisée par la population. Un rapport du Service géologique du Brésil estime qu’elles représentent près du quart de l’approvisionnement de la ville.
Des puits desservent également des quartiers, des activités industrielles et d’autres municipalités amazoniennes. L’eau souterraine constitue une ressource particulièrement utile dans les zones éloignées des grands systèmes de distribution.
La présence de gigantesques réserves d’eau ne garantit pourtant pas que tous les habitants disposent d’une eau potable, régulière et accessible financièrement.
Une ville peut être située au-dessus d’un aquifère important tout en souffrant d’un manque de canalisations, de stations de traitement, de surveillance des puits ou de services d’assainissement. L’eau existe dans le sous-sol, mais les infrastructures nécessaires pour la capter et la distribuer peuvent manquer.
Les populations rurales, autochtones et isolées rencontrent également des difficultés particulières. La distance, le coût du forage, l’entretien des équipements et la qualité variable de l’eau peuvent limiter l’accès réel à la ressource.
Les couches souterraines offrent une certaine protection contre les pollutions de surface, surtout lorsqu’elles sont profondes et confinées. Elles ne sont cependant pas invulnérables.
Les eaux usées mal traitées, les décharges, les carburants, l’agriculture, les activités minières et les produits chimiques peuvent contaminer les zones de recharge ou pénétrer dans des puits mal construits.
Dans les villes en expansion rapide, le forage incontrôlé de puits augmente les risques. Un ouvrage abandonné ou insuffisamment protégé peut devenir un passage direct entre la surface et les couches souterraines.
Une partie de l’eau de pluie s’infiltre dans le sol avant d’atteindre les formations aquifères. Les territoires où cette infiltration se produit constituent les zones de recharge.
La déforestation, l’urbanisation, l’imperméabilisation des sols et certaines activités agricoles peuvent modifier ce processus. Lorsque le sol est recouvert de béton ou fortement dégradé, une plus grande quantité d’eau ruisselle rapidement vers les rivières au lieu de pénétrer dans le sous-sol.

La protection de la forêt amazonienne joue donc aussi un rôle dans la conservation des eaux souterraines. Les sols, les racines, les zones humides et les précipitations participent ensemble au fonctionnement du cycle hydrologique.
Cette relation reste néanmoins complexe. Toutes les formations profondes ne réagissent pas immédiatement aux changements observés à la surface, et certaines eaux peuvent avoir mis des centaines ou des milliers d’années à atteindre leur emplacement actuel.

Un chiffre global ne suffit pas pour gérer un ensemble aussi vaste. Les autorités et les scientifiques doivent étudier séparément les différentes régions afin d’identifier la profondeur des aquifères, la qualité de l’eau et les volumes pouvant être prélevés sans provoquer de déséquilibre.
Dans la région de Belém, l’Agence nationale brésilienne des eaux a ainsi conduit des études sur les réserves, les puits, la vulnérabilité et les risques de contamination. Elle a également recommandé la création de zones de protection et une meilleure surveillance des prélèvements.
Le SAGA est souvent présenté comme le plus grand aquifère de la planète. Cette formule demande de la prudence, car les comparaisons varient selon la superficie, le volume total stocké, la quantité d’eau douce, la réserve renouvelable ou la capacité exploitable.
Le SAGA désigne par ailleurs un ensemble de formations réparties dans plusieurs bassins, et non nécessairement un aquifère unique présentant les mêmes caractéristiques partout. Il est donc plus rigoureux de le présenter comme l’un des systèmes aquifères potentiellement les plus volumineux connus.
Certains articles affirment aussi que le SAGA pourrait fournir de l’eau à l’humanité pendant environ 250 ans. Cette comparaison résulte d’une division entre un volume estimé et une consommation mondiale supposée, sans tenir compte de la localisation de l’eau, des infrastructures, de sa qualité, de la recharge naturelle ni des conséquences écologiques.
Acheminer cette eau vers l’ensemble de la planète serait techniquement, économiquement et écologiquement irréaliste. Un aquifère n’est pas un réservoir industriel que l’on pourrait vider sans modifier le territoire qui en dépend.
Le SAGA renforce l’importance hydrologique de l’Amazonie. Ses réserves souterraines peuvent soutenir l’approvisionnement des populations, renforcer la résilience pendant les sécheresses et accompagner le développement de certaines régions.
Cette richesse peut toutefois devenir vulnérable en l’absence de surveillance. Une exploitation excessive peut abaisser le niveau des nappes, réduire le débit de certains puits et perturber les échanges entre eaux souterraines et cours d’eau.
Le véritable enjeu consiste à déterminer où l’eau est potable, à quelle vitesse elle se renouvelle et quelle quantité peut être utilisée sans compromettre les besoins des générations futures. Le SAGA n’est pas une réserve inépuisable, mais un immense système naturel encore imparfaitement compris.
Pour aller plus loin
Sources et références
- O Sistema Aquífero Grande Amazônia — SAGAUniversité fédérale du Pará ↗
- O Sistema Aquífero Grande Amazônia — SAGAÁguas Subterrâneas — Association brésilienne des eaux souterraines ↗
- Relatório diagnóstico do aquífero Alter do Chão no AmazonasService géologique du Brésil ↗
- Études pour la gestion des eaux souterraines de la région de BelémAgence nationale des eaux et de l’assainissement du Brésil ↗
- Cenário mundial dos recursos hídricos subterrâneosEmbrapa ↗




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