Son téléphone enregistre les insultes des médecins pendant qu’il est anesthésié

En 2013, un patient venu subir une coloscopie dans une clinique de Virginie a involontairement enregistré les conversations de l’équipe médicale pendant son anesthésie. En découvrant les moqueries, les insultes et l’inscription d’un diagnostic inexistant dans son dossier, il a porté l’affaire devant la justice et obtenu 500 000 dollars de dommages et intérêts.

Équipe médicale réalisant une intervention dans une salle clinique pendant qu’un patient est sous anesthésie
Reconstitution illustrative générée par intelligence artificielle

Le 18 avril 2013, un homme résidant à Vienna, en Virginie, se présente dans un établissement médical de Reston pour subir une coloscopie de routine.

Dans les documents judiciaires, son identité est protégée par les seules initiales « D.B. ». Comme il sait que l’anesthésie risque de le laisser somnolent après l’examen, il souhaite conserver les consignes postopératoires qui lui seront données.

Avant l’intervention, le patient active donc l’enregistreur audio de son téléphone. Il pense ainsi pouvoir réécouter tranquillement les recommandations médicales une fois rentré chez lui. Mais il oublie d’arrêter l’enregistrement.

Avant la coloscopie, D.B. se déshabille et range ses vêtements ainsi que ses objets personnels dans un sac fourni par l’établissement. Son téléphone, toujours en train d’enregistrer, se retrouve dans ce sac.

Pour une raison qui n’a pas été clairement expliquée, celui-ci est transporté dans la salle où l’examen doit avoir lieu. L’appareil enregistre alors la préparation du patient, son anesthésie et les conversations échangées pendant toute la procédure.

Téléphone en cours d’enregistrement placé près des vêtements et des effets personnels d’un patient
Le patient avait activé l’enregistreur pour conserver les consignes postopératoires, mais son téléphone a enregistré toute la procédure. Reconstitution illustrative générée par intelligence artificielle.

Une fois le patient anesthésié, certains membres de l’équipe commencent à commenter son comportement et son état de santé sur un ton moqueur.

L’enregistrement révèle notamment les propos de l’anesthésiste Tiffany Ingham. Celle-ci explique qu’après seulement quelques minutes de conversation avec le patient avant l’intervention, elle avait eu envie de le frapper. Elle emploie également une insulte visant ses capacités intellectuelles et se moque de la quantité de médicaments nécessaire pour l’endormir.

Les échanges ne se limitent pas à des plaisanteries déplacées. En observant une irritation cutanée, l’équipe évoque de manière moqueuse des maladies comme la syphilis, la tuberculose ou le virus Ebola, alors qu’aucun diagnostic de ce type n’a été établi.

Le gastro-entérologue chargé de la coloscopie, Soloman Shah, est également entendu sur l’enregistrement. Selon les comptes rendus judiciaires, il participe à certains échanges et ne met pas fin aux commentaires de ses collègues.

L’un des éléments les plus graves concerne le dossier médical du patient. Pendant l’intervention, Tiffany Ingham annonce qu’elle va inscrire la présence d’hémorroïdes, alors que l’examen n’en a révélé aucune. Cette information est ensuite effectivement ajoutée au dossier.

Le téléphone enregistre également une discussion sur la manière d’éviter une conversation avec le patient après son réveil. Les professionnels envisagent notamment de prétexter une urgence afin de ne pas avoir à répondre à ses questions.

Après l’examen, D.B. récupère ses affaires et quitte l’établissement. En écoutant le fichier audio sur le chemin du retour, il s’attend à entendre les recommandations médicales qu’il souhaitait conserver. Il découvre à la place l’intégralité des échanges tenus pendant son anesthésie.

Il comprend que les personnes auxquelles il avait confié sa sécurité l’ont insulté, ridiculisé et associé à des maladies qu’il n’avait pas. Il découvre également qu’une information fausse a été portée dans son dossier. Le patient décide alors d’engager une procédure judiciaire pour diffamation et faute professionnelle médicale.

L’existence du fichier audio donne à cette affaire une dimension particulière. Dans de nombreux conflits opposant un patient à des professionnels de santé, il peut être difficile de déterminer exactement ce qui s’est produit dans une salle d’intervention. Cette fois, les propos ont été enregistrés dans leur intégralité.

La défense ne peut donc pas simplement opposer une autre version des faits. Les jurés peuvent directement écouter les conversations et évaluer leur contenu, leur ton et leur contexte.

Le procès se déroule devant la Cour de circuit du comté de Fairfax en juin 2015, deux ans après l’intervention. Contrairement à certaines versions du récit qui situent le verdict en 2014, la décision a été rendue en juin 2015.

À l’ouverture du procès, le gastro-entérologue Soloman Shah est écarté de la procédure. Tiffany Ingham et le cabinet d’anesthésie Aisthesis restent en revanche poursuivis.

Après trois jours d’audience, le jury accorde au patient un total de 500 000 dollars. La somme comprend 100 000 dollars pour diffamation, 200 000 dollars pour faute professionnelle médicale et 200 000 dollars de dommages punitifs.

Les 100 000 dollars liés à la diffamation correspondent aux fausses allusions à la syphilis et à la tuberculose. Le cabinet Aisthesis est tenu de prendre en charge une partie des dommages punitifs.

Professionnels de santé comparaissant devant un juge pendant une audience civile aux États-Unis
En juin 2015, le jury a accordé au patient 500 000 dollars pour diffamation, faute professionnelle et dommages punitifs. Reconstitution illustrative générée par intelligence artificielle.

Après le verdict, le cabinet Aisthesis présente publiquement ses excuses au patient et reconnaît la détresse provoquée par l’incident. L’établissement précise que Tiffany Ingham ne travaille plus pour lui et indique avoir demandé aux membres de son personnel de revoir leurs engagements professionnels ainsi que le code d’éthique de leur organisation.

Le cas de D.B. rappelle que la dignité d’un patient ne disparaît pas avec sa conscience. Une personne anesthésiée reste vulnérable et dépend entièrement des professionnels présents. Elle ne peut ni entendre consciemment les propos prononcés, ni se défendre, ni vérifier immédiatement les informations inscrites dans son dossier.

Les équipes médicales peuvent naturellement avoir besoin de communiquer librement pendant une intervention. Mais cette liberté ne justifie ni les humiliations, ni les diagnostics inventés, ni les commentaires sans rapport avec la prise en charge.

Au-delà de la somme accordée, le verdict transmet un message clair : les paroles prononcées dans une salle médicale peuvent engager la responsabilité professionnelle et juridique de leurs auteurs.

Cette affaire est devenue célèbre en raison de son caractère inhabituel. Sans l’enregistrement accidentel, D.B. n’aurait probablement jamais découvert ce qui s’était passé pendant son anesthésie.

Elle ne signifie pas que ce type de comportement soit représentatif de l’ensemble du personnel médical. La grande majorité des professionnels respecte la confidentialité, la dignité et la sécurité des patients.

Elle démontre cependant que les règles éthiques ne doivent pas dépendre de la capacité d’une personne à entendre ou à protester. Lorsqu’un patient confie son corps et sa santé à une équipe médicale, le respect n’est pas une marque de politesse facultative. Il constitue une obligation fondamentale.

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Pour aller plus loin

Sources et références

  1. Le jury condamne l’anesthésiste et son cabinetThe Washington Post
  2. Un patient obtient 500 000 dollars après l’enregistrementABC News
  3. Les propos enregistrés pendant la coloscopieNBC Washington
  4. Répartition des dommages accordés au patientWTOP News

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