Pourquoi les Pays-Bas ont fermé des prisons autrefois devenues trop vides

Pendant plusieurs années, les Pays-Bas ont fermé ou reconverti des établissements pénitentiaires en raison d’une forte diminution de leur population carcérale. Le pays a même loué certaines cellules à la Belgique et à la Norvège. Cette situation appartient toutefois principalement aux années 2010 : aujourd’hui, le système néerlandais fait face à de nouvelles difficultés de capacité, notamment causées par un manque de personnel.

Couloir presque vide d’une prison néerlandaise illustrant la baisse historique du nombre de détenus
Image d’illustration générée par intelligence artificielle

Dans de nombreux pays, la surpopulation carcérale représente un problème durable. Aux Pays-Bas, le système pénitentiaire a connu pendant plusieurs années une situation presque inverse.

À partir du milieu des années 2000, le nombre de personnes incarcérées a fortement diminué. Des cellules sont restées inoccupées et plusieurs établissements sont progressivement devenus trop coûteux à maintenir.

Le gouvernement néerlandais a alors décidé de fermer certaines prisons, d’en regrouper les activités ou de transformer les bâtiments pour leur donner une nouvelle fonction.

Cette situation a souvent été résumée par une formule spectaculaire : les Pays-Bas auraient fermé leurs prisons « faute de détenus ». L’idée générale est fondée, mais la réalité est plus complexe.

Les chiffres de l’Office central néerlandais des statistiques montrent l’ampleur de cette évolution. En 2004, les prisons du pays comptaient environ 16 500 détenus. En 2010, ce nombre était tombé à un peu moins de 12 000, avant d’atteindre environ 8 800 personnes en 2016.

Entre 2005 et 2015, la population carcérale néerlandaise a ainsi diminué d’environ 44 %. Cette baisse particulièrement rapide a laissé des milliers de places inutilisées.

Maintenir des établissements fonctionnant très en dessous de leur capacité devenait difficile à justifier financièrement. Des programmes de fermeture ont donc été annoncés au cours des années 2010. Certaines prisons ont cessé leurs activités, tandis que d’autres ont été temporairement conservées ou réaffectées.

La fermeture de ces établissements ne peut pas être expliquée par une seule décision politique. La criminalité enregistrée et le nombre de victimes déclarées ont diminué pendant une partie de cette période.

Moins d’affaires sont également arrivées jusqu’aux tribunaux, ce qui a mécaniquement réduit le nombre de condamnations susceptibles de conduire à une incarcération.

Les autorités néerlandaises ont par ailleurs développé différentes réponses pénales ne reposant pas systématiquement sur une longue détention. Selon la situation, les juges peuvent notamment recourir aux travaux d’intérêt général, aux amendes, aux dispositifs de surveillance ou à des peines de courte durée.

Cela ne signifie pas que les Pays-Bas ont cessé d’emprisonner les personnes reconnues coupables d’infractions graves. Le pays a plutôt connu une combinaison de recul de certaines formes de criminalité, de transformations judiciaires et de changements dans l’exécution des peines.

La fermeture d’une prison ne signifie pas nécessairement la disparition de son bâtiment. Plusieurs anciens établissements néerlandais ont été transformés en logements, en hôtels, en centres culturels ou en espaces destinés à accueillir temporairement des personnes en demande d’asile.

La prison Het Arresthuis, située à Roermond, constitue l’un des exemples les plus connus. Cet ancien établissement a été reconverti en hôtel, tout en conservant certains éléments de son architecture carcérale.

D’autres bâtiments ont accueilli des activités communautaires, des bureaux ou des projets immobiliers. Ces transformations permettent de préserver des constructions parfois historiques tout en les adaptant aux besoins des villes.

Ancien établissement pénitentiaire néerlandais transformé en espace ouvert au public
Plusieurs anciennes prisons néerlandaises ont trouvé de nouveaux usages, notamment comme hôtels, logements ou espaces communautaires. Image d’illustration générée par intelligence artificielle.

Avant même les principales fermetures, les Pays-Bas ont trouvé une autre manière d’utiliser leurs places disponibles. La Belgique connaissait alors une importante surpopulation carcérale.

Un accord conclu entre les deux pays lui a permis de transférer plusieurs centaines de détenus à la prison de Tilburg, située sur le territoire néerlandais. L’établissement restait sous la responsabilité des autorités néerlandaises, mais accueillait des personnes condamnées en Belgique.

Cette coopération a commencé en 2010 et s’est poursuivie pendant plusieurs années. Elle permettait à la Belgique de réduire temporairement la pression sur ses prisons et aux Pays-Bas d’utiliser un établissement qui risquait autrement de rester partiellement vide.

Quelques années plus tard, la Norvège a rencontré à son tour un manque temporaire de places disponibles, notamment en raison de travaux de rénovation dans ses établissements.

En 2015, elle a commencé à transférer des détenus vers la prison de Norgerhaven, dans le nord-est des Pays-Bas. Jusqu’à environ 240 prisonniers norvégiens pouvaient y être accueillis.

Comme dans le cadre de l’accord avec la Belgique, la Norvège finançait l’utilisation de l’établissement tandis que le personnel pénitentiaire néerlandais assurait son fonctionnement quotidien. La direction de la prison était cependant norvégienne et les peines restaient exécutées selon le droit norvégien.

Cet accord a pris fin en 2018. Il demeure un exemple rare de coopération internationale dans laquelle un pays loue une prison située sur le territoire d’un autre État.

Transfert symbolique de détenus étrangers vers un établissement pénitentiaire néerlandais
Les Pays-Bas ont loué des places de prison à la Belgique, puis à la Norvège, afin d’utiliser une partie de leur capacité disponible. Image d’illustration générée par intelligence artificielle.

L’accueil de détenus étrangers a permis de préserver temporairement des emplois et d’éviter que certains établissements restent inutilisés. Cette solution a toutefois soulevé plusieurs questions.

L’éloignement compliquait les visites des familles, en particulier pour les détenus norvégiens incarcérés à plusieurs centaines de kilomètres de leur pays. Des organisations ont également exprimé des inquiétudes concernant le suivi juridique, la réinsertion et les responsabilités respectives des deux États.

Une peine de prison ne se limite pas à l’enfermement. Le maintien des liens familiaux et la préparation du retour dans la société jouent également un rôle important dans la prévention de la récidive.

Il serait trompeur de présenter cette situation historique comme une réalité inchangée. Après avoir atteint un point bas en 2016, la population carcérale a recommencé à augmenter.

En 2019, les prisons néerlandaises comptaient près de 10 000 détenus, soit environ 1 100 de plus que trois ans auparavant. Le système a ensuite rencontré un autre problème : le manque de personnel pénitentiaire.

En mars 2024, le gouvernement néerlandais a annoncé des mesures d’urgence en raison de difficultés de capacité liées principalement aux effectifs disponibles. Certaines personnes condamnées à de courtes peines ont dû attendre avant de pouvoir les purger.

L’accord gouvernemental présenté en février 2026 prévoit désormais des investissements dans l’administration pénitentiaire et une augmentation de la capacité carcérale.

Les Pays-Bas ont donc connu un véritable excédent de cellules pendant les années 2010, mais affirmer qu’ils ferment encore aujourd’hui leurs prisons simplement parce qu’ils n’ont plus assez de criminels serait inexact.

L’expérience néerlandaise est parfois présentée comme la preuve qu’une politique pénale plus souple suffirait à vider les prisons. La réalité est moins simple.

La diminution du nombre de détenus résultait de plusieurs transformations intervenues simultanément dans la criminalité, les poursuites judiciaires, les condamnations et l’exécution des peines.

Le cas des Pays-Bas demeure néanmoins remarquable. Pendant plusieurs années, le pays a dû trouver de nouveaux usages pour des prisons devenues trop grandes par rapport au nombre de personnes à incarcérer.

Certaines ont accueilli des détenus étrangers. D’autres ont été transformées en hôtels, en logements ou en espaces collectifs. Une cellule autrefois conçue pour enfermer pouvait ainsi devenir une chambre, un bureau ou un lieu d’accueil : un changement de destination que peu de systèmes pénitentiaires peuvent raconter.

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Pour aller plus loin

Sources et références

  1. Évolution du nombre de détenus aux Pays-BasOffice central néerlandais des statistiques
  2. Mesures prises en 2024 face aux problèmes de capacitéGouvernement néerlandais
  3. Accord de coalition 2026–2030 et capacité pénitentiaireGouvernement néerlandais

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