Le parcours d’Oksana Masters aurait pu être entièrement défini par les épreuves traversées au début de sa vie. Il est finalement devenu l’une des histoires les plus remarquables du mouvement paralympique.
Née le 19 juin 1989 à Khmelnytskyï, dans l’actuelle Ukraine, elle présentait plusieurs malformations congénitales touchant notamment ses jambes et ses mains. Ses deux tibias étaient absents ou insuffisamment développés, ses jambes n’avaient pas la même longueur et ses mains étaient palmées, sans pouces pleinement formés.
Abandonnée à la naissance, elle a passé environ sept années et demie dans différents orphelinats ukrainiens, dans des conditions qu’elle décrira plus tard comme extrêmement difficiles.
Sa vie a changé lorsqu’une Américaine, Gay Masters, a décidé de l’adopter et de l’accueillir aux États-Unis en 1997. Après son adoption, Oksana a enfin pu recevoir des soins adaptés.
Les médecins ont cependant constaté que ses jambes lui causaient des douleurs importantes et ne pourraient pas soutenir correctement son poids. Sa jambe gauche a été amputée lorsqu’elle avait neuf ans. La seconde amputation a eu lieu quelques années plus tard, vers l’âge de quatorze ans.
Ces opérations devaient lui permettre de gagner en mobilité, d’utiliser des prothèses et de vivre avec moins de douleurs. Oksana Masters a également subi plusieurs interventions aux mains afin d’en améliorer le fonctionnement.
À treize ans, peu avant l’amputation de sa seconde jambe, Oksana Masters découvre l’aviron adapté. Sur l’eau, elle trouve un espace dans lequel son corps ne constitue plus uniquement une source de limitations.
L’entraînement lui permet de développer sa force, son équilibre et sa confiance. L’aviron devient progressivement bien plus qu’une activité physique. Il lui offre une nouvelle manière de comprendre son histoire.
Elle dira plus tard que le sport lui a servi de thérapie. Il lui a appris à considérer son corps pour ce qu’il pouvait accomplir, plutôt que pour ce qui lui manquait.
Son potentiel sportif apparaît rapidement. Elle progresse dans les compétitions nationales, établit un record mondial en salle en 2010 et se qualifie finalement pour les Jeux paralympiques de Londres en 2012.
À Londres, Oksana Masters dispute l’épreuve d’aviron en deux de couple mixte avec Rob Jones, ancien soldat américain ayant perdu ses deux jambes en Afghanistan. Le duo remporte la médaille de bronze, première médaille paralympique américaine dans cette catégorie.
La photographie principale date précisément de ces Jeux. Elle montre Oksana Masters lors de la finale disputée le 2 septembre 2012 au lac Dorney. Cette médaille aurait déjà pu représenter l’aboutissement d’un parcours exceptionnel. Pour elle, ce n’était pourtant que le début.
Une blessure au dos l’oblige ensuite à abandonner l’aviron de compétition. Au lieu de mettre un terme à sa carrière, elle se tourne vers le ski de fond paralympique et le biathlon.
Aux Jeux d’hiver de Sotchi en 2014, elle remporte une médaille d’argent et une médaille de bronze en ski de fond. Le cyclisme, initialement utilisé dans le cadre de sa récupération physique, devient à son tour une discipline de haut niveau.
Cette polyvalence est particulièrement rare. L’athlète américaine est parvenue à atteindre le plus haut niveau dans quatre sports très différents : l’aviron, le cyclisme sur route, le ski de fond et le biathlon.
Aux Jeux de Tokyo, organisés en 2021, Oksana Masters remporte deux médailles d’or en paracyclisme, dans le contre-la-montre et la course sur route.
Quelques mois plus tard, elle rejoint Pékin pour les Jeux paralympiques d’hiver de 2022. Elle y décroche sept médailles, dont trois titres, malgré une préparation perturbée par une opération chirurgicale. Elle devient alors la première Américaine à gagner sept médailles au cours d’une même édition des Jeux paralympiques d’hiver.
À Paris en 2024, elle confirme encore sa domination en remportant deux nouvelles médailles d’or en paracyclisme. Son total atteint alors 19 médailles paralympiques, bien au-delà des 17 récompenses mentionnées dans certains anciens portraits de l’athlète.
Les Jeux paralympiques d’hiver de Milan-Cortina se sont déroulés du 6 au 15 mars 2026. À 36 ans, Oksana Masters y a de nouveau marqué l’histoire en remportant cinq médailles : quatre en or et une en bronze.
Dès la première journée, elle a conservé son titre dans le sprint assis de biathlon. Cette victoire lui a permis d’obtenir la vingtième médaille paralympique de sa carrière et son dixième titre.
À la fin des Jeux, son palmarès s’élevait à 24 médailles paralympiques, dont 14 en or. Elle était également l’athlète américaine la plus médaillée de Milan-Cortina 2026.
Ces résultats sont d’autant plus impressionnants que sa préparation avait été perturbée par une infection à une jambe et une commotion cérébrale. Sa participation elle-même avait été incertaine quelques semaines avant les Jeux.
Oksana Masters est désormais l’athlète paralympique d’hiver américaine la plus titrée de l’histoire. Son parcours couvre huit éditions des Jeux, été et hiver confondus, depuis Londres 2012 jusqu’à Milan-Cortina 2026.
Son succès ne repose pas uniquement sur sa longévité. Il tient aussi à sa capacité d’adaptation. Après avoir dû renoncer à l’aviron, elle a transformé le cyclisme en nouvelle voie vers le sommet, puis continué à alterner les saisons et les exigences propres à chaque sport.
Elle est devenue une référence internationale du handisport, mais également une voix importante sur l’adoption, le handicap et les traumatismes vécus durant l’enfance.
Le récit d’Oksana Masters est souvent présenté comme une histoire de résilience. Le terme est juste, mais il ne doit pas faire oublier la réalité de son travail. Ses médailles représentent des années d’entraînement, de préparation technique, de blessures, d’opérations et de compétitions au plus haut niveau.
Oksana Masters n’a jamais nié les blessures de son passé. Elle refuse cependant qu’elles résument toute son identité. Le sport lui a permis de reprendre possession de son corps et de transformer des cicatrices longtemps associées à la souffrance en preuves de sa capacité à avancer.
Abandonnée à la naissance, déplacée entre plusieurs orphelinats puis amputée des deux jambes, elle est devenue une championne dans quatre disciplines et l’une des figures majeures de l’histoire paralympique américaine.
Son parcours montre que les circonstances dans lesquelles une vie commence ne déterminent pas nécessairement la hauteur qu’elle peut atteindre.
Pour aller plus loin
Sources et références
- Oksana Masters remporte sa vingtième médaille paralympiqueComité international paralympique ↗
- Bilan des États-Unis à Milan-Cortina 2026Comité international paralympique ↗
- Profil et palmarès d’Oksana MastersTeam USA ↗
- 24 médailles, dont 14 titres paralympiquesU.S. Ski & Snowboard ↗
- Oksana Masters raconte son enfance et ses amputationsThe Players’ Tribune ↗
- Oksana Masters et Rob Jones lors de la finale de Londres 2012Wikimedia Commons ↗




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