Le Mexique prépare un accès universel aux établissements publics de santé

Le gouvernement de Claudia Sheinbaum a créé le Servicio Universal de Salud, une réforme destinée à mieux coordonner les principales institutions publiques de santé du Mexique. À partir de 2027, les patients devraient progressivement pouvoir recevoir certains soins dans un établissement différent de celui auquel ils sont normalement rattachés. Il ne s’agit toutefois ni d’une fusion immédiate des organismes existants ni d’un accès illimité à tous les services dès la première année.

Claudia Sheinbaum prononce un discours devant le drapeau du Mexique
Instagram / Claudia Sheinbaum

Le système public de santé mexicain repose historiquement sur plusieurs réseaux distincts. L’Instituto Mexicano del Seguro Social, connu sous le sigle IMSS, couvre principalement les travailleurs du secteur privé et leurs familles.

L’Instituto de Seguridad y Servicios Sociales de los Trabajadores del Estado, ou ISSSTE, prend en charge les employés du secteur public. L’IMSS-Bienestar fournit quant à lui des soins aux personnes qui ne disposent pas d’une couverture sociale, notamment dans les États ayant rejoint ce dispositif.

Cette organisation signifie qu’un patient doit généralement se rendre dans l’établissement correspondant à son statut professionnel ou à son affiliation. Même lorsqu’un autre hôpital public se trouve plus près de son domicile, il peut être difficile d’y recevoir certains soins.

Le Servicio Universal de Salud doit progressivement réduire ces barrières institutionnelles.

La présidente Claudia Sheinbaum a annoncé la création du nouveau service le 7 avril 2026. Le décret a ensuite été publié le 17 avril dans le Diario Oficial de la Federación, lui donnant ainsi une existence juridique.

Le texte établit un mécanisme obligatoire de coordination entre les grandes institutions fédérales de santé. Il concerne notamment l’IMSS, l’ISSSTE, l’IMSS-Bienestar, les services médicaux de Pemex, les hôpitaux fédéraux et les instituts nationaux de santé.

Les services de santé des États qui ne sont pas intégrés à l’IMSS-Bienestar pourront également adhérer au dispositif.

La réforme ne supprime pas les institutions existantes. L’IMSS, l’ISSSTE et l’IMSS-Bienestar continueront de disposer de leurs établissements, de leur personnel, de leurs budgets et de leurs populations habituelles.

Le changement consiste plutôt à les faire fonctionner progressivement comme une seule grande infrastructure coordonnée. Parler de « fusion » permet donc de comprendre l’objectif général, mais le terme juridiquement le plus précis est celui d’intégration opérationnelle.

Claudia Sheinbaum lors d’une intervention officielle au Mexique
La réforme doit permettre aux institutions publiques de santé de coordonner progressivement leurs services sans supprimer leur identité propre. Photo : Instagram / Claudia Sheinbaum.

Le nouveau modèle repose sur un principe présenté par le gouvernement comme celui du « zéro refus ».

Lorsqu’un service sera intégré au dispositif, un patient ne devrait plus être écarté uniquement parce qu’il appartient à une autre institution publique. Une personne affiliée à l’IMSS pourrait, par exemple, être prise en charge dans une unité de l’ISSSTE ou de l’IMSS-Bienestar lorsque la situation, la proximité et les capacités disponibles le permettent.

L’accès dépendra néanmoins de plusieurs critères, notamment de la disponibilité des équipements, de la spécialité médicale requise, de la capacité d’accueil, de la sécurité du patient et des règles de régionalisation.

La réforme ne garantit donc pas qu’un patient pourra choisir librement n’importe quel hôpital pour n’importe quelle intervention. Elle doit surtout permettre aux institutions d’échanger leurs services lorsque cela améliore la prise en charge.

Pour rendre cette coordination possible, le gouvernement a lancé une nouvelle carte du Servicio Universal de Salud.

La première campagne présentée après l’annonce du décret s’est déroulée du 13 au 30 avril 2026 et concernait prioritairement les personnes âgées de 85 ans et plus. Le processus a ensuite été étendu à d’autres groupes, notamment aux bénéficiaires âgés de 65 ans et plus ainsi qu’aux personnes recevant une pension pour incapacité permanente.

L’enregistrement doit progressivement couvrir l’ensemble de la population. La carte est associée à la Clave Única de Registro de Población, l’identifiant personnel mexicain plus couramment appelé CURP.

Elle contient également des codes QR permettant de vérifier l’identité du titulaire, son affiliation et l’établissement qui lui est normalement attribué. À terme, elle devrait donner accès à un dossier médical électronique comprenant l’historique clinique, les rendez-vous, les examens, les ordonnances et certaines informations administratives.

Une version numérique doit également être accessible par l’intermédiaire de l’application gouvernementale App MX. Cette centralisation constitue l’un des défis majeurs de la réforme.

Le Servicio Universal de Salud ne rendra pas immédiatement tous les soins accessibles dans tous les établissements. La première phase opérationnelle doit commencer le 1er janvier 2027.

Elle donnera la priorité aux situations dans lesquelles un retard ou une interruption de traitement peut avoir des conséquences graves. Les urgences devront être prises en charge dans les établissements participants jusqu’à la stabilisation ou la sortie du patient.

Cette première étape doit également couvrir les grossesses à haut risque et les urgences obstétricales, ainsi que les protocoles connus sous les noms de Código Infarto et Código Cerebro, destinés respectivement aux infarctus et aux accidents vasculaires cérébraux.

Le programme prévoit en outre de garantir la continuité des traitements ambulatoires qui ne peuvent être interrompus. Cela concerne notamment certains patients atteints d’un cancer, du VIH, d’une insuffisance rénale chronique ou d’une hémophilie, ainsi que les personnes ayant reçu une transplantation.

La vaccination et certaines consultations de première ligne pour la prévention ou les affections courantes doivent également faire partie de cette première phase.

Une deuxième étape est programmée pour le 1er juillet 2027. Elle doit étendre l’échange de services aux analyses de laboratoire et à plusieurs examens médicaux spécialisés.

Le décret mentionne notamment les tomodensitométries, les échographies, les examens par résonance magnétique et certains actes nécessitant l’utilisation d’un produit de contraste. Des séances de radiothérapie pourront également être réalisées dans le cadre de cette coopération entre institutions.

Cette organisation pourrait permettre d’utiliser plus efficacement les équipements existants. Une personne rattachée à un établissement ne disposant pas de l’appareil nécessaire pourrait être orientée vers une autre institution publique possédant la technologie recherchée.

Le gouvernement affirme vouloir poursuivre cette intégration pendant les années suivantes afin que le dispositif soit consolidé avant la fin du mandat de Claudia Sheinbaum, en 2030.

Lorsqu’un patient affilié à l’IMSS sera traité dans un établissement de l’ISSSTE, l’institution qui lui aura fourni les soins devra être remboursée. Le même principe s’appliquera aux autres échanges.

Le décret prévoit donc la création de mécanismes de compensation budgétaire et financière. La Secretaría de Salud assurera la coordination générale du système, tandis que les institutions participantes et le ministère des Finances devront définir les procédures de remboursement.

Ce mécanisme est indispensable. Sans règles financières claires, les établissements accueillant davantage de patients provenant d’autres réseaux pourraient rapidement subir une pression excessive sur leur budget, leur personnel et leurs équipements.

Réunion de la Conferencia del Pueblo consacrée à la coordination institutionnelle
L’interopérabilité des établissements, des dossiers médicaux et des mécanismes de financement constitue l’un des principaux défis du futur réseau universel. Photo : Instagram / Claudia Sheinbaum.

Le Servicio Universal de Salud pourrait simplifier le parcours de millions de personnes, mais son succès ne dépendra pas uniquement de la création d’une carte ou de la publication d’un décret.

Les institutions devront rendre leurs systèmes informatiques compatibles, partager les dossiers médicaux de manière sécurisée et harmoniser certaines procédures administratives. Elles devront également disposer de suffisamment de médecins, d’infirmiers, de médicaments, de lits et d’équipements pour accueillir les patients supplémentaires.

Le décret précise que sa mise en œuvre devra principalement reposer sur les budgets déjà approuvés et sur les mécanismes de compensation entre organismes. Cette contrainte soulève des interrogations sur les ressources nécessaires pour transformer juridiquement le droit d’accès en soins réellement disponibles.

L’égalité territoriale constituera un autre défi. Les infrastructures médicales sont beaucoup plus nombreuses dans les grandes agglomérations que dans certaines régions rurales ou isolées.

Permettre officiellement l’accès à plusieurs réseaux ne résoudra pas automatiquement le manque d’établissements dans les zones où l’offre médicale demeure insuffisante.

Le décret représente une étape importante vers un système public moins fragmenté. Il pourrait éviter qu’un patient soit refusé ou contraint de parcourir une longue distance alors qu’un autre établissement public dispose des moyens nécessaires pour le soigner.

Claudia Sheinbaum vêtue d’une tenue traditionnelle lors d’un événement Mujeres Bienestar
Le gouvernement ambitionne de consolider progressivement le dispositif sur l’ensemble du territoire mexicain d’ici 2030. Photo : Instagram / Claudia Sheinbaum.

Il faut néanmoins distinguer l’objectif annoncé de la situation actuelle. En 2026, la réforme se trouve encore dans sa phase de préparation, de coordination et de délivrance des cartes.

L’ouverture des services commencera progressivement en janvier 2027 et concernera d’abord une liste précise de soins prioritaires. Les Mexicains ne peuvent donc pas encore se présenter librement dans n’importe quel établissement public pour recevoir l’ensemble des traitements disponibles.

Le véritable résultat de la réforme pourra être évalué lorsque les échanges de services commenceront et que les premières situations concrètes montreront si les institutions parviennent à collaborer efficacement.

Sur le papier, le principe est simple : le statut professionnel d’une personne ne devrait pas empêcher son accès à un établissement public capable de la soigner. Sur le terrain, transformer cette ambition en service universel représentera l’un des grands défis sanitaires du Mexique au cours des prochaines années.

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Pour aller plus loin

Sources et références

  1. Décret créant le Servicio Universal de SaludDiario Oficial de la Federación
  2. Annonce du service universel et première campagne d’inscriptionPrésidence du Mexique
  3. Installation du comité juridique du nouveau serviceISSSTE

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