Selon la deuxième édition du baromètre de l’expatriation et de la fuite des cerveaux, publiée le 24 septembre 2026 par Ipsos bva et la Fédération Syntec, 15 % des ingénieurs français en activité travaillaient à l’étranger à la fin de 2024. Cela représente environ 150 000 personnes, contre 13 % un an plus tôt et moins de 12 % à la fin de 2022.
Le départ immédiat après le diplôme ne suffit pas à expliquer cette évolution. Le taux d’expatriation des jeunes diplômés reste proche de 9 %, tandis que la mobilité progresse surtout en cours de carrière, lorsque les ingénieurs recherchent des responsabilités, des rémunérations ou des projets qu’ils estiment plus accessibles ailleurs.

Les différences salariales pèsent dans les décisions. Le salaire brut médian annuel des ingénieurs avoisine 67 000 euros en France. Pour certains ingénieurs diplômés en France et employés en Suisse, les rémunérations peuvent atteindre environ 124 000 euros par an, même si les méthodes de calcul, le taux de change, l’expérience et le coût de la vie rendent toute comparaison directe délicate.
Le baromètre confirme que les motifs économiques arrivent en tête. Parmi les mesures susceptibles de faire renoncer les candidats au départ, 43 % citent une hausse des revenus nets, 37 % de meilleures perspectives de carrière et 32 % une baisse de la fiscalité.
Le phénomène ne traduit pas nécessairement un rejet de la France. Seuls 13 % des candidats à l’expatriation déclarent vouloir partir parce qu’ils ne souhaitent plus y vivre. La qualité des formations, l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle ainsi que la protection sociale restent largement reconnus.
Le départ de travailleurs qualifiés n’est pas uniquement une perte. Les expatriés peuvent créer des réseaux, développer des partenariats et revenir avec une expérience internationale. Le problème apparaît surtout lorsque les départs deviennent durablement supérieurs aux retours et que certains secteurs ne trouvent plus les compétences nécessaires.
Syntec estime à près de 2 milliards d’euros les dépenses publiques de formation associées à chaque promotion de talents expatriés. Ce calcul, élargi en 2026 aux diplômés de master et aux doctorants, mesure les frais d’enseignement supérieur pris en charge par la collectivité. Il s’agit d’une estimation de l’investissement public concerné, et non d’une facture annuelle directement perdue par l’État.

La durée des séjours renforce l’enjeu. Une consultation menée auprès de 5 000 expatriés en 2020 faisait apparaître un séjour effectif moyen de vingt ans, alors que les personnes interrogées avaient initialement envisagé de partir pendant sept ans.

La compétition concerne également les étudiants internationaux accueillis en France. Le baromètre indique que près de 27 % des talents étrangers formés dans le pays repartent dès l’obtention de leur diplôme. À plus long terme, seuls 33 % des étudiants internationaux seraient encore en France cinq ans après leur arrivée, contre 52 % au Canada et en Allemagne selon les données mobilisées par l’étude.
Les données de l’OCDE montrent que les anciens étudiants internationaux constituent pourtant une ressource importante pour le marché du travail. Formés localement, titulaires de diplômes reconnus et souvent déjà familiarisés avec la langue et les entreprises, ils sont généralement mieux préparés à s’insérer que des travailleurs recrutés directement à l’étranger.
La France se trouve donc face à un double défi : retenir davantage les talents qu’elle forme et rester attractive pour ceux venus étudier sur son territoire. Cela suppose des salaires compétitifs, mais aussi des carrières plus lisibles, des investissements dans la recherche, des démarches administratives efficaces et un accès réel aux secteurs innovants.

La mobilité internationale ne disparaîtra pas, et elle peut enrichir les parcours individuels comme l’économie. L’enjeu n’est pas d’empêcher les départs, mais de faire de la France un pays où partir reste un choix et où revenir, entreprendre ou poursuivre une carrière demeure une perspective crédible.
Pour aller plus loin
Sources et références
- Fuite des cerveaux : pourquoi les talents quittent-ils la France ?Ipsos bva ↗
- Baromètre de l’expatriation et de la fuite des cerveaux — enquête 2026Fédération Syntec et Ipsos bva ↗
- Rétention des étudiants internationaux et répercussions économiques dans l’OCDEOCDE ↗
- Enquête annuelle de l’Observatoire des ingénieurs de FranceIESF / Onisep ↗




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