Changer de métier après 40 ans peut sembler intimidant. Pour Abigail Seymour, cette décision signifiait retourner sur les bancs de l’université, étudier aux côtés de personnes beaucoup plus jeunes et se préparer à l’un des examens professionnels les plus exigeants des États-Unis.
Avant de se tourner vers le droit, cette Américaine avait étudié la photographie à la Tisch School of the Arts de l’Université de New York. Elle a ensuite vécu en Espagne, enseigné l’anglais, fondé une famille en Caroline du Nord et exercé pendant une dizaine d’années comme photographe éditoriale et photographe de mariage.
Elle appréciait son activité créative, mais avait le sentiment qu’elle ne pourrait pas continuer indéfiniment à parcourir l’État, travailler les fins de semaine et rentrer tard après ses reportages. Une autre ambition, abandonnée dans sa jeunesse, continuait par ailleurs de l’accompagner : devenir avocate.
Dans sa vingtaine, Abigail Seymour avait déjà envisagé des études de droit. Elle avait finalement renoncé, craignant notamment de ne pas être capable de réussir l’examen du barreau et d’être enfermée dans une carrière trop conventionnelle.
Les années suivantes n’ont pourtant pas fait disparaître ce désir. En passant régulièrement devant la faculté de droit de l’Université Elon, installée à Greensboro, elle s’imaginait d’abord écrire un livre consacré aux avocats. Elle a même commencé à observer leur travail dans les tribunaux avant de comprendre qu’elle ne voulait pas seulement raconter leurs activités : elle souhaitait exercer leur métier.
Son travail auprès d’une organisation accompagnant des personnes immigrées a renforcé cette conviction. Elle y collaborait notamment avec une avocate spécialisée en immigration, qui l’a encouragée à reprendre ses études. Son expérience associative, sa maîtrise de l’espagnol et son désir d’aider les autres pouvaient désormais se rejoindre dans une nouvelle profession.
À 47 ans, malgré la crainte d’être trop âgée pour recommencer, Abigail Seymour s’est donc inscrite à l’Elon University School of Law.
Son retour à l’université n’a pas été une simple parenthèse académique. Elle devait suivre un programme particulièrement exigeant tout en assumant ses responsabilités de mère. La mort de sa sœur pendant sa première année a également failli lui faire abandonner ses études.
Elle s’est alors demandé si elle possédait encore la concentration et l’énergie nécessaires pour continuer. Le doyen de la faculté l’a encouragée à rester, lui rappelant qu’elle avait déjà franchi la partie la plus difficile du parcours.
Abigail Seymour a finalement obtenu son diplôme de droit en 2017, à l’âge de 50 ans. Mais une dernière épreuve l’attendait avant de pouvoir exercer : l’examen du barreau. Cette épreuve représentait précisément l’obstacle qu’elle redoutait depuis sa jeunesse.
Abigail Seymour a échoué lors de ses deux premières tentatives. Après le deuxième résultat négatif, elle a envisagé de renoncer. Elle avait consacré plusieurs années à sa reconversion et se retrouvait pourtant privée de la qualification indispensable à l’exercice de sa nouvelle profession.
Son thérapeute lui a alors fait comprendre que ce qu’elle désirait se trouvait au-delà de sa zone de confort. Elle a repris sa préparation et aurait consacré environ 600 heures de travail à l’examen.
À sa troisième tentative, en 2019, elle a finalement obtenu le barreau, à l’âge de 52 ans. Cette réussite lui a permis de devenir officiellement avocate, mais aussi de démontrer que ses deux échecs précédents ne constituaient pas la conclusion de son parcours. Ils n’en avaient été que deux chapitres particulièrement éprouvants.
Après sa qualification, Abigail Seymour a travaillé pendant environ huit mois dans un cabinet juridique. Elle a ensuite décidé de fonder sa propre structure à Greensboro, en Caroline du Nord.
Créé en 2019, le cabinet a été baptisé Camino Law en référence au Camino de Santiago. Abigail Seymour avait parcouru le Camino Francés en Espagne dans les années 1990. Cette marche de plusieurs centaines de kilomètres lui avait enseigné qu’une transformation importante pouvait se construire progressivement, étape après étape.
Le choix du nom résume ainsi sa conception du droit : accompagner des personnes qui traversent une période difficile sans leur promettre que le chemin sera simple.
Camino Law est aujourd’hui un cabinet composé exclusivement de femmes et travaillant en anglais comme en espagnol. Son équipe intervient principalement en droit de la famille, notamment dans les dossiers de divorce, de garde d’enfants, d’adoption, de gestation pour autrui et de droits des grands-parents. Le cabinet traite également certaines affaires d’immigration familiale.
Sa connaissance personnelle du mariage, du divorce, de l’adoption, de la maternité et de la coparentalité influence son approche professionnelle. Elle explique vouloir offrir un accompagnement plus humain à des clients confrontés à des décisions susceptibles de bouleverser leur vie familiale.
Abigail Seymour ne souhaitait pas uniquement devenir avocate. Elle voulait également créer un environnement professionnel différent de ceux qu’elle avait observés, particulièrement adapté aux femmes et aux mères exerçant dans le secteur juridique.
Parti d’un bureau équipé d’une chaise, d’une table et d’un téléphone, Camino Law compte désormais plusieurs collaboratrices. Sa fondatrice affirme être fière d’avoir créé son propre emploi, mais également d’avoir offert des possibilités professionnelles à d’autres femmes.
Cette réussite n’efface pas les difficultés rencontrées. Elle leur donne cependant une nouvelle signification. Les années d’incertitude, le retour aux études, le deuil et les échecs au barreau font désormais partie de l’expérience qu’elle utilise pour comprendre les personnes qui sollicitent son cabinet.
La trajectoire d’Abigail Seymour ne signifie pas que sa carrière dans la photographie était inutile ou qu’il fallait l’abandonner pour réussir. Ses compétences créatives, son expérience de l’écriture, sa connaissance de l’espagnol et son travail auprès des communautés immigrées ont contribué à façonner l’avocate qu’elle est devenue.
Sa reconversion n’a donc pas commencé à partir de rien. Elle s’est construite à partir de tout ce qu’elle avait déjà appris.
Aujourd’hui âgée de 59 ans, Abigail Seymour considère avoir trouvé le travail auquel elle était destinée. Son parcours rappelle surtout qu’une réorientation professionnelle tardive n’est pas nécessairement un retard. Elle peut être la conséquence d’une meilleure connaissance de soi et d’une ambition devenue suffisamment forte pour affronter les obstacles.
À 47 ans, elle craignait d’être trop âgée pour commencer. Douze ans plus tard, elle dirige le cabinet qu’elle aurait autrefois aimé trouver.
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